image/svg+xml Statue de Louis XIV (1638-1715) placée dans le salon de Vénus dans les Grands Appartements © RMN Jean Warin XVIIe siècle Introduction Le sculpteur d’origine wallonne Jean Warin a réalisé ce portrait en pied de Louis XIV vers 1665–1670, au début du règne personnel du grand roi, alors âgé d’environ 30 ans. Warin travaille auprès du roi en tant que médailleur. Il est avant tout orfèvre et ciseleur. Il avait cependant en 1665 exécuté un buste de Louis XIV qui rivalisait avec le baroque et impétueux buste du Bernin. Il a légué au souverain son imposante sculpture en pied par testament en 1672. Louis XIV est ici représenté en empereur romain superbe et plein d’assurance. Les contemporains ont en effet témoigné sur le caractère exceptionnel de sa belle prestance dans sa jeunesse. Jusqu’en 1687, le marbre se trouve dans le Salon de Vénus au début de l’enfilade des Grands Appartements, dans la niche centrale du mur sud. La statue connaît ensuite un destin mouvementé. En 1687, elle est remplacée par une statue antique, Hermès à la sandale, acheté par Louis XIV à un collectionneur italien. À la Révolution, elle est saisie et transportée au Musée des Monuments français, place du Trocadéro à Paris. Elle retourne à Versailles sous Louis-Philippe au XIXe siècle et retrouve son emplacement d’origine dans le salon de Vénus en 1896. Ce salon, composé d’un somptueux décor de colonnes de marbre à chapiteaux de bronze et de plaquages de marbre, servait à dresser la collation (confitures, fruits naturels et confits) lors des soirs « d’appartements ». Au début du règne, la préoccupation du roi est d’acquérir la gloire profane, à l’exemple des princes et des héros de l’Antiquité : Alexandre, Auguste ou César. L’iconographie doit évoquer la mise au pas des ennemis du royaume et les victoires militaires. À la date de réalisation de la sculpture de Warin, la royauté a surmonté les guerres de la Fronde (1648–1653) durant lesquelles la noblesse a contesté la régente Anne d’Autriche et son ministre, le cardinal Mazarin. Épris de gloire militaire, Louis XIV se lance dans la première guerre de son règne en 1667 avec la guerre de Dévolution qui l’oppose notamment à l’Espagne. Il en sort victorieux et le traité d’Aix-la-Chapelle en 1668 lui permet d’acquérir Lille et une partie de la Flandre. Louis XIV, roi de guerre se montre en personne sur les champs de bataille contrairement au roi d’Espagne. Jusqu’en 1693, il surveille lui-même ses places fortes et ses armées sur les fronts du nord et de l’est. C’est donc en général glorieux et conquérant que Jean Warin a sculpté Louis XIV. La sculpture colossale de Jean Warin a reçu un accueil très favorable. Elle est la parfaite illustration de l’iconographie alors en vogue à Versailles qui associe des éléments de costume « moderne » avec la perruque au costume à l’antique composé du manteau et de la cuirasse. Louis XIV en perruque et manteau d’empereur romain Louis XIV en perruque Le visage de Louis XIV est reconnaissable. Il est coiffé depuis 1659 d’une lourde perruque car il est tombé gravement malade près du fort de Mardyck, lors d’une campagne militaire. Le jeune souverain âgé de 19 ans est atteint d’une forte fièvre et cumule plusieurs symptômes inquiétants : maux de tête, difficultés à respirer, délire, selles liquides. Tout le royaume s’inquiète et prie. Conséquence inattendue de la maladie du roi : il a perdu une grande partie de ses cheveux. Désormais il portera une perruque et à son exemple, « presque tout le monde prend la perruque » comme l’écrit Mazarin. Le manteau d’empereur romain Louis XIV est vêtu en empereur romain d’un manteau rejeté en arrière et agrafé sur l’épaule gauche à l’aide d’une fibule ronde. Il est représenté de face avec un léger déhanchement ou contraposto, propre aux canons antiques du sculpteur grec Polyclète. Le casque Le roi a sa main gauche appuyée sur un casque antique à tête de lion, en référence au lion de Némée terrassé par Hercule. Alexandre le Grand, qui se disait descendant d’Hercule, portait ce genre de casque. La cuirasse antique Une cuirasse anatomique antique Il porte d’une cuirasse anatomique qui épouse les formes du corps et laisse apparaître la musculature. Cette forme de cuirasse équipait les personnages importants de la Grèce et de la Rome antique. Les écailles La bordure de sa cuirasse est composée de larges écailles ornées alternativement de fleur de lys et de masques antiques. Le dos de cuirasse au sol Cette cuirasse représentée de dos et courbée au pied de Louis XIV symbolise la soumission des ennemis de la France et donc le roi de guerre victorieux. Dans la Rome antique les généraux vainqueurs offraient à Jupiter sur le Capitole les dépouilles opimes (c’est-à-dire la cuirasse) des chefs qu’ils avaient tués de leurs propres mains. Le bouclier De l’autre côté, comme un pendant à la cuirasse vaincue, se dresse un grand bouclier ovale orné d’un Gorgonéion chargé de terrifier les ennemis car quiconque la regarde en plein visage meurt pétrifié Le Gorgonéion Le Gorgonéion est une représentation d'un visage de Gorgone. Les Gorgones sont, dans la mythologie grecque, des créatures fantastiques malfaisantes et d'une telle laideur que quiconque ose les regarder en plein visage meurt pétrifié. Elles étaient trois sœurs : Méduse la plus célèbre, Sthéno et Euryale. On les représentait comme des jeunes femmes, souvent avec des ailes et de grandes dents, leur chevelure était constituée de serpents. Selon Ovide dans Les Métamorphoses, seule Méduse possédait de tels cheveux. Persée, armé d'un bouclier, dont l'intérieur servait de miroir pour éviter d'être pétrifié par le regard du monstre, et d'une épée offerte par Hermès, put trancher la tête de Méduse. Persée offrit la tête de Gorgone, le Gorgonéion à Athéna. La représentation de la tête de Méduse fut souvent placée sur les portes, les murailles, les pièces de monnaie, les boucliers, les armures et les pierres tombales pour éloigner la malchance et les mauvais esprits ou terrifier les ennemis. Le glaive et le bâton de commandement Alors qu’à sa gauche, un glaive au fourreau est attaché à la ceinture, Il tient dans sa main droite un bâton de commandement qui semble transpercer une cuirasse semblable à un trophée. Les brodequins Sur des jambes nues, le roi est chaussé de brodequins à mufles de lion. Statue de Louis XIV (1638-1715) placée dans le salon de Vénus dans les Grands Appartements